Un voisin à moi a un jour interpellé quelqu’un qui venait de jeter un sac de déchets sur le trottoir, pour ne recevoir qu’une insulte en retour : « Ce n’est pas chez toi, mêle-toi de tes affaires », accompagnée d’un regard menaçant.
Cette petite histoire n’est pas un cas isolé. Elle met en lumière un paradoxe qui existe depuis bien trop longtemps.
Les amendes pour dépôt sauvage d’ordures ne sont pas faibles. Selon l’article 25 du Décret 45/2022/ND-CP, jeter des déchets dans les lieux publics est passible d’une amende de 500 000 à 1 000 000 VND, et déverser des ordures sur les trottoirs ou les routes est passible d’une amende de 1 000 000 à 2 000 000 VND, avec une double pénalité pour les organisations.
Peut-être que le problème n’est pas le montant de l’amende, mais pourquoi les gens jettent encore leurs déchets et pourquoi les témoins choisissent de se taire.
Proposer des récompenses pour les lanceurs d’alerte et des pénalités plus lourdes pour les contrevenants n’est pas une idée nouvelle. New York l’a fait, offrant jusqu’à 50 % de l’amende collectée à ceux qui signalent les décharges illégales.
Hong Kong a augmenté son amende forfaitaire à 3 000 HKD en 2023 et a enregistré une baisse de 24 % des infractions en 2024. Rien qu’à Hô-Chi-Minh-Ville, en décembre 2025, le Comité populaire de la Commune de Binh Hung a accordé une récompense extraordinaire à deux chefs de hameau pour avoir signalé une personne qui avait jeté des déchets dans le canal Ben.
Bien sûr, prendre quelqu’un en flagrant délit de déversement d’un sac d’ordures à minuit est beaucoup plus difficile que de mesurer un taux d’alcoolémie ou de vérifier une vitesse. Toutes les localités n’ont pas assez de caméras, assez de personnel pour recevoir les signalements, ou assez de budget pour les récompenses.
Quant au public, ceux qui font des remarques se font réprimander pour « se mêler des affaires des autres », et ceux qui prennent des photos craignent des représailles. Par conséquent, le silence devient souvent le choix sûr.
Mais s’il en est ainsi, les déchets restent. Le problème n’est pas de modifier la loi, mais de faire fonctionner la loi existante. D’abord, l’étape de la détection. Chaque quartier et chaque commune devrait rendre public un numéro d’urgence pour recevoir les images et vidéos, avec un engagement de confidentialité absolue pour l’informateur.
La clé est d’établir une pratique cohérente dans toutes les localités, avec une personne de garde, un délai de traitement clair et un mécanisme de retour d’information pour informer le rapporteur de l’état de son dossier.
Ensuite, le mécanisme de récompense. Les lois actuelles manquent de réglementations spécifiques sur le pourcentage des amendes à allouer comme récompenses pour les lanceurs d’alerte environnementaux. Ce qu’a fait la Commune de Binh Hung était une « récompense extraordinaire » provenant d’un budget local très limité. Pour étendre et pérenniser cela, un document d’orientation du Gouvernement ou du Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement est nécessaire, stipulant clairement la proportion des amendes à restituer, similaire au modèle new-yorkais.
Lorsque les gens verront que le signalement apporte une récompense digne de ce nom et une confidentialité garantie, l’apathie s’estompera progressivement.
Selon la Loi sur le traitement des infractions administratives, la mesure corrective de remise en état initiale est depuis longtemps codifiée. Si des déchets sont déversés dans un canal, le canal doit être nettoyé ; s’ils sont déversés dans une ruelle, la ruelle doit être nettoyée, quel que soit le montant de l’amende payée.
Cette peine complémentaire a un effet dissuasif bien plus grand qu’une amende de quelques centaines de milliers de VND, car elle touche à l’honneur, au temps et à la honte de faire face à ses voisins.
Au Japon, les élèves nettoient leurs propres salles de classe et trient eux-mêmes leurs déchets, sans embaucher de concierges – non pas pour réduire les coûts, mais pour inculquer la conscience que l’espace public est aussi leur propre responsabilité. C’est un processus d’entraînement comportemental, pas un enseignement de l’éthique à travers des slogans.
Une ville propre n’est pas celle qui a beaucoup de panneaux « ne pas jeter de déchets », mais celle où de tels panneaux sont inutiles.
Pour y parvenir, chaque témoin doit oser prendre la parole, chaque appel doit recevoir une réponse, et chaque infraction doit avoir des conséquences. La propreté ou la saleté, en fin de compte, est une question de volonté dans l’application de la loi.
Le 24 mai, la ville de Hô-Chi-Minh-Ville