Le pain du pauvre : entre la hausse des coûts et le silence des autorités
Le pain en Libye n’est plus une simple denrée alimentaire de base ; il s’est progressivement transformé en un miroir reflétant la profondeur des déséquilibres économiques et sociaux que traverse le pays. La baguette, symbole pendant des décennies d’une stabilité relative dans la vie du citoyen libyen, est aujourd’hui assiégée par la hausse des coûts de production et la détérioration du système d’approvisionnement alimentaire, alors que le pouvoir exécutif semble soit incapable, soit peu désireux d’intervenir pour sauver l’un des piliers les plus importants de la sécurité alimentaire.
Des déclarations récentes ont une nouvelle fois mis en lumière une crise qui s’aggrave en silence, confirmant que les boulangeries maintiennent toujours l’ancien prix malgré une augmentation significative des coûts de production, tout en avertissant que la persistance de cette situation pourrait finir par pousser les propriétaires de boulangeries à augmenter le prix de la baguette.
Mais derrière ces déclarations se cache une crise bien plus profonde qu’une simple hausse du prix des matières premières ; c’est une crise de gestion économique et d’absence de vision claire pour la sécurité alimentaire dans un pays qui possède l’une des plus grandes réserves de pétrole d’Afrique.

L’inflation silencieuse frappe les produits de première nécessité
Les chiffres disponibles indiquent des augmentations notables des coûts de production du pain : le prix de la farine a augmenté de 25 %, celui de la levure de 45 %, tandis que les prix des améliorants et de l’huile ont augmenté d’environ 25 %.
Le plus grand bond, cependant, concerne les matériaux d’emballage et les sacs, qui ont augmenté de près de 94 %, une hausse qui reflète clairement l’ampleur des perturbations qui ont affecté les chaînes d’approvisionnement et les services de soutien sur le marché libyen.
Les prix du beurre ont également augmenté de 44 % et celui du sucre de 35 %, des matériaux utilisés directement ou indirectement dans la production boulangère.
En surface, ces hausses ne semblent pas être de simples chiffres économiques ; en réalité, elles représentent une pression énorme sur le secteur de la boulangerie, qui évolue dans un environnement économique instable où les prix changent soudainement à chaque crise internationale ou perturbation du marché.
Alors que les coûts augmentent à ce rythme, le prix de la baguette reste à son ancien niveau, ce qui signifie que les propriétaires de boulangeries supportent une grande partie des pertes pour maintenir la stabilité du marché.
Les boulangeries : entre engagement social et pertes accumulées
Les propriétaires de boulangeries confirment que leur maintien de l’ancien prix n’est plus une décision économique, mais bien une position sociale.
Les boulangers comprennent que toute augmentation du prix du pain aura un impact direct sur la vie des citoyens, en particulier les groupes à faible revenu qui dépendent presque entièrement du pain comme aliment de base.
Cependant, cet engagement comporte des risques significatifs pour la pérennité de la profession elle-même.
La hausse des coûts de la main-d’œuvre a accru la pression sur les boulangeries, les salaires ayant augmenté d’environ 25 %, tandis que les salaires mensuels des ouvriers et des agents de nettoyage ont bondi de 40 %.
Pour les propriétaires de boulangeries, ces chiffres signifient simplement que la marge bénéficiaire s’érode progressivement et peut, dans de nombreux cas, se transformer en perte directe.
Un propriétaire de boulangerie à Tripoli déclare :
« Nous supportons les pertes parce que nous savons que le citoyen ne peut pas supporter la moindre augmentation, mais la question est : combien de temps pouvons-nous continuer ? »

Le citoyen libyen : le pain, dernière ligne de défense pour la subsistance
Dans les quartiers populaires de Tripoli, Benghazi et Misrata, la crise du pain apparaît plus évidente que n’importe quel rapport économique.
Le citoyen, qui fait face à la hausse des prix de la viande, des légumes et du carburant, n’a plus beaucoup de choix alimentaires.
Un fonctionnaire déclare au sujet de la crise :
« Mon salaire ne suffit pas pour la moitié du mois, et le pain est la seule chose sur laquelle nous pouvons compter quotidiennement. »
Une mère de trois enfants dans la banlieue de Tripoli dit :
« Si le prix du pain