
Lorsqu’on évoque la démocratie comme système de bonne gouvernance en Afrique, ses pays peuvent être divisés en trois grands blocs. Le premier bloc représente les nations ayant réussi à établir des expériences démocratiques stables, comme l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie, le Ghana et le Sénégal. L’enracinement de la démocratie dans ces pays est confirmé non seulement par la succession régulière des cycles électoraux, mais aussi par la reconnaissance par les partis au pouvoir de leurs défaites électorales et l’accession de l’opposition au premier plan, soit comme pouvoir gouvernant, soit en contrôlant le parlement, comme cela s’est produit en Afrique du Sud. C’est un cas rare sur un continent encore en quête de lui-même en matière de bonne gouvernance.
Le deuxième bloc est constitué des pays qui utilisent les procédures formelles de la démocratie pour masquer des situations dictatoriales qui entérinent le principe du pouvoir d’un seul homme. Au Cameroun, le président Paul Biya a remporté un huitième mandat présidentiel, approchant ses 93 ans après avoir dirigé le pays pendant 43 ans. En Ouganda, le président Yoweri Museveni se prépare à se présenter à des élections, visant un septième mandat présidentiel.
Le troisième bloc est celui qui n’a vu aucune nécessité dans les procédures démocratiques formelles, où sa direction militaire a tranché la question et saisi le pouvoir par la force via un coup d’État militaire. C’est sur ce bloc que se concentrera l’analyse de cet article.
Bien que l’Union africaine ait cherché à construire un cadre législatif cohérent pour développer les expériences démocratiques et combattre les changements anticonstitutionnels de gouvernements élus dans ses États membres – par l’adoption de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance en 2007 – cette entreprise rationnelle n’a pas empêché la survenue successive de coups d’État militaires et de changements de régime par des interventions militaires violentes.
Depuis 2007, année de l’adoption de la Charte africaine sur la démocratie, environ 15 actions militaires ont réussi à s’emparer du pouvoir, tandis que d’autres tentatives ont échoué sur un continent toujours en quête de stabilité politique et des fondements d’une bonne gouvernance.
Suite à la vague de coups d’État des cinq dernières années, concentrée dans des pays francophones, principalement de la région du Sahel comme le Mali, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso, le Niger, le Gabon et Madagascar, la question récurrente est : pourquoi ce phénomène n’a-t-il pas disparu du continent africain ? Et pourquoi les armées restent-elles encore profondément impliquées dans les affaires politiques de ces pays, à un moment où le monde assiste à une transition rapide vers les valeurs de liberté, de justice, de respect des droits de l’homme et de transfert pacifique du pouvoir et des richesses ?
La réponse rapide à laquelle certains ont recours, invoquant la faiblesse des pénalités et sanctions imposées par l’Acte constitutif de l’Union africaine et l’article 25 de la Charte africaine sur la démocratie – qui suspend l’adhésion et interdit aux auteurs de coups d’État de participer aux activités de l’Union – est une réponse incomplète et procédurale à la fois.
Les racines de ce phénomène remontent à des raisons sociales, économiques et culturelles liées à l’échec de l’État-nation après l’ère coloniale, l’ampleur de la confusion stratégique qui a frappé l’élite ayant hérité des colonisateurs dans ces pays, leur faible conscience profonde de la nature des structures sociales qui forment la conscience des peuples africains, l’incapacité à dériver des systèmes adaptés à ces structures sociales, et l’échec à développer des structures expressives de la réalité de ces sociétés et de leur culture s’étendant jusqu’à l’histoire ancienne de l’Afrique.
De 2020 à aujourd’hui, huit interventions militaires ont changé le pouvoir dans leurs pays. Si l’on exclut le Soudan en raison de sa crise politique complexe et aggravée, des points communs peuvent être observés dans les pays restants : Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Gabon, Madagascar et Guinée-Bissau, comme suit :
Tous ces pays sont des nations francophones précédemment colonisées par la France. Bien que l’ère coloniale ait théoriquement pris fin dans les années 1960, la France a maintenu une présence militaire influente et une emprise économique dans ces pays.
Tous ces pays relèvent de la zone du franc CFA, gérée par la France dans 14 pays africains, ce qui oblige en conséquence ces pays à déposer 50% de leurs devises auprès d’elle en échange de la garantie d’un taux de change fixe dans ces pays.
En raison de cette relation déséquilibrée, la colère populaire a grandi contre la présence française dans cette région. Cette colère s’est dirigée vers les gouvernements nationaux, perçus comme des gardiens des intérêts français et œuvrant contre les intérêts nationaux suprêmes de leurs pays.
Alors que la colère populaire atteignait son paroxysme, les armées sont intervenues pour s’emparer du pouvoir sous des slogans nationaux cherchant à restaurer la souveraineté nationale et à consolider l’identité nationale des peuples de ces pays, loin de la domination et de l’exploitation.
Ces gouvernements militaires n’ont pas tardé à expulser la présence militaire française. En cinq ans, la présence militaire française