L’Afrique n’est plus convoquée à la table de l’économie mondiale comme une entité « marginale » à observer ; elle est désormais ciblée comme un cœur battant, une source importante pour de nouvelles chaînes d’approvisionnement, un réservoir de minéraux pour la transition énergétique, et un marché prometteur pour les infrastructures, la numérisation et l’alimentation.

Cependant, ce changement de langage du monde envers le continent soulève des questions plus profondes que celles des chiffres impressionnants ; lorsque les puissances internationales se bousculent et que les promesses d’investissement se multiplient, qui en sort vraiment gagnant ? Est-ce suffisant que les flux augmentent pour que les résultats changent ?

Le problème n’est pas l’investissement en principe ; mais plutôt la manière dont il est conçu et géré. L’investissement, lorsqu’il s’intègre dans une vision productive claire, peut être un moteur d’industrialisation, un pont pour le transfert de connaissances, et un levier pour la création d’emplois productifs et la modernisation des infrastructures.

Mais les expériences africaines montrent qu’une hausse des flux d’investissement peut être trompeuse si elle est déconnectée de la qualité de l’investissement, de ses conditions et de ses résultats au sein de l’économie nationale. La valeur peut être produite localement pour n’être ensuite transférée au-delà des frontières, et les gains financiers peuvent être enregistrés sans approfondissement correspondant du cycle productif ou localisation des chaînes de valeur.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique ont atteint environ 53 milliards de dollars en 2023, avant de bondir à environ 97 milliards de dollars en 2024, portés par des accords de financement pour des projets exceptionnels, et non par une large transformation structurelle de la base productive.

Dans ce contexte, la compétition géo-économique autour de l’Afrique pourrait glisser d’une voie de développement vers une course à l’influence et aux positions stratégiques, à moins que le continent ne passe d’une arène d’attraction à une partie capable de négociation et d’imposition de conditions.

Par conséquent, les pays du continent ne semblent pas destinés à une perte absolue ; mais ils ne sont pas non plus des gagnants automatiques ; leur gain reste conditionné par le passage d’une logique d’attraction des investissements à une logique d’ingénierie de ceux-ci, en les liant à des objectifs productifs mesurables et en construisant des capacités locales permettant aux économies de capter la valeur, et non pas seulement de la consommer.

Sur cette base, cet article cherche à répondre à la question du vrai gagnant des investissements en Afrique en cette période de compétition géo-économique intensifiée, et à la replacer dans son contexte approprié : le cadre de la souveraineté économique, de la transformation productive et de la justice développementale, loin du langage de la propagande et de la polarisation.

Pour y parvenir, l’article abordera trois axes principaux : la portée limitée de la hausse des investissements lorsqu’elle n’est pas couplée à une réelle transformation productive, la disparité dans la répartition de ses gains entre acteurs internationaux et locaux et économies nationales, puis les conditions pour que l’Afrique bénéficie des investissements à travers la qualité des projets et l’approfondissement des chaînes de valeur.

La portée limitée du doublement des investissements

Au cours de la dernière décennie, l’investissement direct étranger (IDE) est devenu l’un des indicateurs les plus cités lorsqu’on évoque la montée en puissance de l’Afrique dans l’économie mondiale. Cependant, une lecture précise des chiffres montre que la seule hausse des flux est insuffisante pour juger de l’impact sur le développement.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique ont atteint environ 53 milliards de dollars en 2023, avant de bondir à environ 97 milliards de dollars en 2024, portés par des accords de financement pour des projets exceptionnels, et non par une large transformation structurelle de la base productive.

Mais ce bond, malgré son importance médiatique, a été largement tiré par des accords de financement pour des projets massifs et géographiquement limités, et non par une large transformation structurelle de la base productive africaine. Lorsqu’on exclut ces accords exceptionnels, l’augmentation réelle apparaît plus modeste et moins capable de créer un impact clair.

Le problème ne réside pas dans le volume de l’investissement mais dans sa composition sectorielle. Une part considérable des flux se concentre dans des secteurs capitalistiques à faible emploi, comme l’extraction minière, l’énergie traditionnelle et certains projets d’infrastructure isolés. Ces secteurs, bien qu’importants, ne génèrent pas automatiquement des chaînes d’approvisionnement locales à grande échelle ni ne transfèrent suffisamment de technologie.

C’est là que le paradoxe devient clair : un pays africain peut enregistrer un record d’attraction d’investissements, tandis que son impact sur l’emploi, la fabrication locale et la croissance des petites et moyennes entreprises reste limité.

Plus dangereusement, l’inflation des flux peut cacher des déséquilibres plus profonds liés à la souveraineté économique. Lorsque les investissements sont conçus de manière à lier les profits aux marchés extérieurs et à laisser les décisions stratégiques hors des frontières nationales, l’État devient un récepteur de capitaux, et non un partenaire dans leur orientation.

À ce stade, l’investissement se transforme d’un outil de développement en un chiffre dans les rapports annuels, sans poids réel dans le changement du

Afrique

L’Afrique est un vaste et divers continent, et non un lieu ou un site unique, avec une histoire de millions d’années en tant que berceau de l’humanité. Elle abrite d’innombrables sites culturels et historiques, des anciennes pyramides d’Égypte et des églises taillées dans la roche de Lalibela aux ruines du Grand Zimbabwe, reflétant une riche tapisserie de civilisations, de royaumes et d’empires. Son paysage culturel moderne est façonné par un mélange de traditions indigènes et d’influences issues de siècles d’interaction mondiale.

Mozambique

Le Mozambique est un pays de la côte sud-est de l’Afrique, connu pour son long littoral sur l’océan Indien, son riche mélange culturel et son histoire complexe faite de royaumes bantous, de commerce arabe et de colonisation portugaise qui dura près de cinq siècles jusqu’à l’indépendance en 1975. Culturellement, il est réputé pour sa musique vibrante, comme la *marrabenta*, et son patrimoine architectural unique, dont l’île du Mozambique – un site du patrimoine mondial de l’UNESCO qui fut l’ancienne capitale coloniale portugaise et un important comptoir commercial sur la route des Indes.

Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) est un organe intergouvernemental permanent créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1964. Elle a été établie pour relever les défis du commerce et du développement des pays en développement, en promouvant leur intégration dans l’économie mondiale à des conditions plus équitables. Aujourd’hui, elle sert d’institution principale des Nations Unies pour les questions de commerce, d’investissement et de développement, fournissant recherche, analyse politique et construction de consensus.